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Préface de la thèse de la doctorante Marine Salio : Pour une réappropriation de la Terre par les Néo-Femmes du XXIIe siècle.

Note du Dr Marcus Bruno – 02/05/2158

Nouveau projet de l’Entreprise : détruire l’ensemble des immeubles, source de pollution visuelle.

Un projet, certes ambitieux, mais nécessaire au réaménagement de l’espace urbain. De nos jours, il n’est plus question de gratte-ciel titillant les nuages. L’heure était au tiny house, ces minuscules demeures pensées de façon ergonomiques et ultra-connectées. Pratique pour limiter les heures passées à son entretien.

Depuis l’exode massive des femmes vers les étoiles, nous nous sommes rendus à l’évidence : le temps passé aux tâches domestiques était considérable. Sans compter les jeunes à élever. Ou le travail à côté…

Nous nous sommes retrouvés bien vite débordés, à ne plus savoir où donner de la tête. Ainsi, nous avons repensé notre manière d’envisager la cité. Et grâce à leur départ en masse, nous avons pu nous concentrer et accélérer le développement de nos outils.

Sans distraction aucune cette fois.

Désormais, des robots nous livrent notre ration de nourriture en suivant les besoins nutritifs de chacun. Pour le repas du soir en tout cas. Le midi, l’Entreprise se chargeait de tout.

Et puis le café ! Gratuit pour l’ensemble des travailleurs, et comme nous travaillons tous désormais… Notre carburant, notre essence, gratuit pour tous !

Mais ce n’est pas tout : nous avons innové de bien des façons.

Depuis quelques décennies déjà, un réseau urbain bien pratique s’occupe de notre linge. Pour cela, il suffit de mettre en boule, dans un sac étiqueté à notre nom, nos habits. Puis de le jeter dans une poubelle. Des automates passent chaque semaine, comme pour les ordures, récupérer les vêtements sales avant de déposer, lavés et repassés, ceux du dernier ramassage.

Les femmes de jadis se trouvaient suffisamment indispensables pour nous punir en disparaissant de la surface du globe.

La blague !

Elles ont tout au plus, provoqué une période de trouble. Légère. Brève. Mais c’était sans compter notre capacité à innover. À nous réinventer.

Même pour nous reproduire, plus besoin d’elles : une petite branlette et un tube à essais suffisaient désormais.

Bon, nous n’avons pas réussi à gagner les étoiles… Mais nous avons l’Entreprise pour répondre à chacun de nos désirs !

Devenir des Incels, c’était au final tout ce dont on avait besoin pour nous retrouver.

Entre couilles.

Et depuis la paix s’est installée.

***

Ce terme me frappe.

Incel.

Les Néo-Hommes se revendiquent fièrement de cette lignée.

Au moins, ils ne parlent plus d’Alpha, de Bêta, d’Oméga, ni de mâle dominant…

« Incel et fier », peut-on voir tagué un peu partout.

Comme si notre absence, notre rejet, n’avait fait que renforcer une idée qu’il se faisait déjà d’eux-mêmes.

À l’instar des mouvements LGBTQUIA+, ils ont repris une insulte pour en faire une force.

Un compliment.

C’est désolant…

Pour finir, qu’avons-nous accompli en nous exilant ?

(À part fossiliser la terre dans une caricature de virilité autonome, j’entends…)

Quand je pense aux figures précurseures de notre exode…

Je me dis que par ce simple constat, les Néo-Hommes insultent notre mémoire.

Notre combat pour l’égalité.

Pour une plus juste répartition des tâches.

Pour une société plus juste.

Et responsable.

Disparaitre n’était pas suffisant.

Car l’Entreprise, cette intelligence artificielle et nourricière, nous avait remplacées.

C’est désespérant.

Mes sœurs, il est temps de faire comprendre à ces Néo-Hommes que la planète Terre n’est pas leur royaume.

Nous priver plus longtemps de notre foyer, pour quoi ?

Pour vivre sur une planète qui nous est hostile ?

Et pour qui surtout ?

Nous avons appris la sororité.

À vivre de nos mains et de notre savoir.

Encapacitées, nous sommes prêtes à rentrer chez nous.

Sur Terre.

Je nous fais une confiance entière.

***

Marine avait terminé sa thèse, il y a cinq ans déjà.

Dès sa sortie, tant attendue par l’originalité de ses propos, elle a fait beaucoup de bruit.

De multiples débats avaient éclos parmi ses sœurs.

Oui ? Non ?

Devions-nous tenter un retour sur Terre ?

Alors que les Néo-Hommes y résident en maître ?

Sachant que ces derniers ont bien su afficher leur mépris.

Tirer un trait sur leur présence.

Les remplacer par l’Entreprise.

Avec ses sœurs, Marine avait voyagé parmi les galaxies.

Visité de nombreuses planètes.

Rencontré une tonne d’espèces extra-terrestres.

(Tantôt pacifiques, tantôt hostiles.)

Survécu à une température de 4 000 °C.

Sans oxygène.

Dans le noir.

Mais jamais la Terre n’avait quitté son esprit.

Ni celui de ses sœurs.

C’était leur maison.

Leur foyer.

Leur planète.

Et elles avaient dû l’abandonner aux mains dévastatrices des Néo-Hommes.

Parce qu’ils étaient dangereux pour elles.

Parce qu’ils les opprimaient.

Parce qu’ils les empêchaient de se (dé)construire.

Marine, dans un soupir, quitta son bureau aux morceaux de verre teintés de rose pâle.

Elle ne put s’empêcher de contempler les illustrations des femmes de jadis, jonchant les murs autour d’elle.

Si petites…

Si frêles…

Si lisses…

Du moins par rapport à leurs homologues masculins de l’époque.

Bien heureusement, elles étaient parties, ne put s’empêcher de penser Marine.

L’évolution leur avait permis de grandir.

D’une moyenne de 1m60, elles étaient passées à 1m90.

Pesaient leur poids en muscle.

Avec des traits plus aguerris.

Plus fermes.

Après tout, les hommes n’étaient plus présents pour peser dans l’évolution de leurs corps.

Sur Terre, on les aurait considérées comme des Amazones.

Marine était dubitative à ce sujet.

Elles étaient parvenues à libérer leurs corps des normes hétéronormatives.

Celui des femmes chasseuses-cuilleuses.

Rien de plus qu’une conjugaison au passé.

Avant de sortir, Marine enfila sa combinaison intégrale.

Une tenue hermétique aux rayonnements ultra-violets et équipée d’une ventilation, distribuant de l’oxygène à partir d’une capsule. Celles-ci se rechargeait automatiquement, fonctionnant sur le même principe que la photosynthèse.

Ainsi, Marine pouvait rester aussi longtemps qu’elle le souhaitait à l’extérieur.

Des rangers aux semelles épaisses terminaient ses préparatifs. Celle-ci permettait de garder les pieds au sol, sur cette planète dont la gravité était infime par rapport à la Terre.

Malgré leurs recherches, aucune autre planète n’offrait une atmosphère propice à la vie terrestre.

Leur planète d’accueil avait été baptisée Néo-Terra.

Par nostalgie ?

Probablement, supposait Marine.

Car cette planète n’avait rien à voir avec la Terre.

Bien qu’elle soit aussi bleue l’une que l’autre.

Néo-Terra était une plage sans fin, sans eaux.

Son sable était un mélange de différentes teintes de bleu.

Turquoise.

Cyan.

Bleu marine.

Etc.

Et cette palette unique était, aux yeux de Marine, un spectacle d’une beauté à couper le souffle.

Littéralement.

Car sans sa combinaison…

Son air toxique lui broierait les poumons.

En tout juste un battement de cils,

La mort pouvait les cueillir.

Les débris de roche, composant ce désert infini, provenaient de gigantesques falaises.

Cercles, pentagones, rectangles, etc.

Tant de formes géométriques possibles, pour un paysage perpétuellement en changement.

Mais elles conservaient toujours une superficie équivalente à un multiple du nombre d’or.

Un détail qui fascinait Marine.

Escalader ces falaises était une discipline Olympique sur Néo-Terra.

Marine y participait chaque année.

Aucune règle concernant la sélection des participantes.

Ce choix était strictement personnel.

Basé sur une réflexion.

Une analyse interne de ses compétences.

Il était juste nécessaire de se placer dans une catégorie en fonction de son expérience.

Être une Néo-Femmes, c’était avant tout se connaitre.

Dans ses forces et ses limites.

Tout en bienveillance.

Et en objectivité.

Aujourd’hui plus de place pour les élites.

Discriminantes.

Elles n’en voulaient plus.

C’est pourquoi leur retour sur Terre devait être préparé.

Mûri.

Pour affirmer leur nouvelle position auprès des Néo-Hommes.

Cinq ans d’hésitation.

Pour en arriver à une conclusion.

Simple.

La Terre est leur foyer.

Le retour sur Terre avait été sciemment orchestré.

Une démonstration de force s’imposait.

Parce que, d’après les expériences passées, c’était encore la meilleure façon de se faire entendre des Néo-Hommes.

Car elles ne désiraient pas tomber sous le joug de l’Entreprise.

(Ou pas de nouveau.)

Elles étaient bien décidées à récupérer un territoire.

Rien qu’à elles.

Les continents autour de l’équateur leur faisait de l’œil.

Abandonnés par les Néo-Hommes à cause de leur climat invivable depuis le bouleversement climatique.

Un territoire parfait quand on vint de Néo-Terra.

Et ainsi, sur cette terre promise, leurs idéaux seront à l’abri.

Marine faisait partie du voyage initiatique, en tant que sociologue et conceptrice.

Des scientifiques, des exploratrices, des jeunes et des moins jeunes, l’accompagneraient.

Une vingtaine de Néo-Femmes à se rendre, en ce jour particulier, au Dôme.

Siège des décisions politiques de Néo-Terra, il s’agissait d’une crevasse.

Circulaire.

Taillée naturellement dans la roche.

Un œil, aux longs cils avec un iris d’une profondeur inégalable gravé dans le bleu des pierres, gouvernait sur une vue panoramique de la société des Néo-Femmes.

Quatre Néo-Femmes siégeaient à l’année dans le Dôme.

Les quatre Sorcières.

Car dans leur société, elles étaient aussi capables de faire preuve d’ironie.

Les quatre Sorcières étaient élues de façon aléatoire pour un mandat de six ans.

Unique.

Un logiciel piochait quatre noms dans une base de données, regroupant par catégorie – rôle social – l’ensemble des habitantes de Néo-Terra.

Les désignées avaient la possibilité de refuser.

Mais une fois l’engagement pris, c’était définitif.

Dans tous les cas, finis les éternels débats.

Les guerres d’égo.

« Mais qui sera le plus (in)digne de nous gouverner ? »

Personne.

Car le logiciel tranchait pour elles.

Les quatre Sorcières les attendaient dans un grand salon à l’intérieur du Dôme.

Un style nihiliste.

Une logique pratique.

Il était décoré dans un esprit méditerranéen.

Un hommage à la bleutée du paysage.

Un thé aux herbes Dablues – l’unique herbe comestible de Néo-Terra – les attendait.

Marine avait toujours eu du mal à en définir ses saveurs.

Comme si leur palais n’était pas conçu pour les interpréter.

Ou leur vocabulaire inadapté à la flore locale.

Mais le goût était unique en son genre.

Les herbes Dablues fondaient sous la langue.

Pétillaient en bouche.

Et réchauffaient le corps et l’esprit.

Les Sorcières portaient une tunique uniforme.

Une corde blanche serrant leur taille.

Déterminés et puissants, chacun de leurs gestes mouvait le tissu.

Dans un tourbillon de cyan miroitant.

Magnétique.

Elles étaient pieds nus.

Comme chacune d’elles, d’ailleurs.

Marine avait retiré sa combinaison à oxygène dans le SAS de décontamination du Dôme.

Elle avait revêtu la tenue des exploratrices : une combinaison pantalon.

Ample.

Aux tissus fins et vaporeux.

Et sombre comme la nuit.

Qu’est-ce qu’elle s’y sentait bien !

Chacun de ses mouvements était libéré de toute entrave.

Les vêtements des Néo-Femmes étaient pensés par et pour elles.

Soutenant avec intelligence et légèreté leur poitrine.

Adaptables aux cycles et aux pertes aussi.

Du moins pour les plus jeunes, ne pratiquant pas encore la régulation des flux.

Une technique permettant de jouer sur les muscles utérins pour les contrôler.

Les quatre Sorcières mirent fin aux banalités.

La plus jeune, Agathe, trônait au centre du salon.

Les mains jointes dans le dos.

D’une voix puissante et claire, elle proclama :

— Mes Chères Sœurs, c’est le grand jour. (Des sourires entendus lui répondirent.) Nous avons voyagé à travers l’univers, mais… la Terre, notre Terre, n’a jamais quitté nos mémoires. Maintenant que nous nous sommes dé-construites (Des petits rires fusèrent à cette expression.) oui, DÉ-construites, mais surtout RE-construites, nous n’avons plus rien à craindre des Néo-Hommes.

Des hochements de tête appuyèrent cette vérité.

Sans l’ombre d’une hésitation.

Marine, ainsi que ses sœurs, levèrent leur poing dans un même mouvement.

Oui, elles seront prudentes.

Non, elles ne se laisseront pas attendrir.

Un sourire déterminé étira les lèvres de Marine à cette vision de force et de complicité.

Marine fut la première à se lever pour gagner un SAS donnant sur la piste de décollage.

Elles en avaient quand même pour six mois de voyage…

Dans leur navette spatiale.

Un design fin.

Neutre.

Marine retint sous souffle durant le décollage.

L’oxygène était en quantité suffisante, mais pourtant…

Elle manquait d’air.

Malgré sa détermination.

Ses ambitions.

Marine se mit à douter.

Les témoignages de la première cohabitation hommes-femmes lui revinrent en tête.

L’échec.

La violence.

La haine.

Dans quoi embarquait-elle ses sœurs ?

Étaient-elles seulement suffisamment fortes aujourd’hui pour rester imperméable à l’Entreprise ?

Pour se défendre face à l’hostilité des hommes ?

Et qu’en était-il réellement de l’état d’esprit des Néo-Hommes ?

***

En sueur, Étienne ramassait les débris des bâtiments recouvrant le bitume, le dos courbé et douloureux. Des robots l’aidaient dans sa tâche pénible. Seulement, il n’y en avait pas assez pour tout faire.

Le problème avec la technologie, c’était qu’elle nécessitait des ressources, limitées sur Terre. Des ressources qu’ils se devaient d’économiser pour permettre le fonctionnement de l’Entreprise. Des cités aussi. Enfin, c’était ce qu’on lui avait expliqué, mais il n’avait pas davantage creusé le sujet.

Étienne n’aspirait qu’à une chose simple : une vie sans souci. Et pour cela, il devait servir l’Entreprise. Elle avait raison. Point à la ligne.

(En particulier, quand ses décisions lui permettaient de continuer à vivre tranquillement dans sa tiny house sans avoir de charge.)

En parlant de sa tiny house, elle n’était pas loin du chantier, près de la benne et entourée des gravats qu’il se devait de ramasser. Elle lui faisait de l’œil depuis le début de la journée de travail.

L’Entreprise avait toujours de nouvelles idées de travaux à accomplir. De nouveaux chantiers à réaliser. Elle en avait dans le crâne pour les tenir occuper. D’autant plus, que par rapport au temps ancien, il n’y avait plus tant d’être humain sur Terre… La natalité était en chute libre malgré leurs efforts mais les décès restaient largement supérieurs aux naissances.

L’Entreprise était une entité opaque, sans visage, sans corps. Artificielle. Elle n’avait pas d’armée, seulement les Mec-en-Costards, comme les surnommait Étienne, qui pouvaient sanctionner les dissidents. Heureusement, il n’y en avait plus depuis longtemps.

Pelles et pioches en main, tout le monde travaillait sans se plaindre, résigné à donner de son temps et de son corps en échange du confort.

Alors qu’il pelletait un tas de débris jusqu’à la benne, Étienne prit conscience du silence autour de lui. Anormal. Pesant. Alors que d’ordinaire, les chantiers étaient bruyants. Mais là, même les moteurs se taisaient.

Ses collègues regardaient en l’air. Il les imita. Une masse planait au-dessus de leurs têtes. Impressionnante. Incroyable. Écrasante. Son ombre les menaçait, comme le nuage d’une violente tempête cacherait le soleil.

Elle s’agrandissait. De puissantes bourrasques agitèrent leurs bleus de travail, collant le tissu trempé de sueur contre leur peau. Les robots s’écrasèrent contre les gravats, dans des craquements métalliques. De la fumée s’éleva de leurs entrailles.

Puis une lueur, aussi aveuglante que le soleil. D’une forme conique, fascinante. En plissant les yeux, Étienne fut capable de distinguer des silhouettes en son sein. Luminescentes. Gigantesques. Massives. Humanoïdes. Il reconnut rapidement des corps féminins. Elles étaient similaires à eux, mais l’ombre de leur seins lui rappela les images érotiques peuplant la cabine pour le don de sperme.

Des femmes…

Les voir en vrai, c’était autre chose ! Déjà parce qu’elles étaient immenses, et plus costaud qu’il ne le pensait. En visionnant du porno, il les avait toujours imaginées petites et chétives par rapport à eux. Mais non.

L’une des Géantes quitta le halo lumineux, dévoilant ses formes étonnantes, mais surtout envoûtantes et intimidantes. D’autant plus qu’elles pointaient dans leur direction des armes faites de plastique, semble-t-il. Des jouets ? ne put s’empêcher de se demander Étienne. Dans tous les cas, leurs visages étaient graves, leurs regards portés sur eux avec une détermination farouche.

L’une d’entre elles, aux longs cheveux poivres et sels claquant dans le vent, se hissa sur une pile de gravats, son arme brandit en direction du ciel, ou en l’occurrence de leur vaisseau. D’une voix puissante, aiguë et portant au loin, elle proclama :

— Aux Néo-Hommes peuplant la Terre, sous la gouvernance de l’Entreprise, nous venons en paix.

La Géante baissa son arme, un mouvement suivit par les autres femmes. Étienne, quant à lui, se demandait bien ce que pouvait être un Néo-Homme.

— Contrairement à vous, qui par votre comportement hostile à notre égard, nous avez poussées à lever les voiles, nous ne vous ferons aucun mal… À la condition, non négociable, que sans résistance, vous nous accordez droit d’asile sur un territoire dont vous n’avez plus l’usage.

Sa menace ne fit réagir personne. L’Entreprise restait muette face à la requête, ce qui surprit Étienne. Il concerta ses collègues du regard, mais tous étaient suspendus aux lèvres de la Géante.

— Alors à qui pouvons-nous adresser cette requête ? demanda-t-elle en les regardant avec intensité.

Personne ne pipa mot, mais une question accaparait l’esprit d’Étienne. Il leva une main, tremblante, agitée par l’angoisse. La Géante le remarqua, et d’un signe de tête, l’encouragea à s’exprimer.

— C’est-à-dire que, eh… ( Il se racla la gorge, mal à l’aise d’avoir obtenu l’attention de tous.) Enfin, c’est quoi un, eh, un Néo-Homme ?

— Vous, répondit-elle simplement. Hommes de l’après-exode des femmes.

— Ah, eh, je vois, merci.

La géante haussa un sourcil.

— C’est tout ? Tu n’as aucune au-

Une sirène froide, menaçante, résonna dans la cité en la coupant sèchement. L’Entreprise s’adressait à eux, leur rappelant de se remettre au travail sous peine de sanctions collectives. Étienne jeta un œil à ses collègues, immobiles au milieu des éclats de l’ancien gratte-ciel. L’inquiétude grossissait dans leur rang. L’Entreprise pouvait les priver de nourriture pendant une semaine s’ils ne répondaient pas tout de suite au signal. C’était elle qui avait le contrôle des robots après tout.

La sirène augmenta d’un cran. Étienne soupira en lorgnant sa pelle abandonnée par terre. Il se pencha en avant, la ramassa et à l’instar de ses collègues, il se remit à pelleter. L’Entreprise avait raison : il se devait, et à la communauté aussi, d’être productif. Aucune distraction, non aucune, n’était autorisée pendant les heures de travail. Les Géantes allaient devoir repasser plus tard.

***

Marine était stupéfaite.

Le temps d’une répétition de l’alarme rugissante.

Juste une.

Et l’ensemble des Néo-Hommes s’étaient remis au travail.

Tout simple ahurissant !

Elle avait envisagé beaucoup de scénarios.

Violence.

Mouvement de foule.

Panique.

Entre autres.

Mais de l’indifférence ?

Certainement pas.

Elle avait sous-estimé l’influence de l’Entreprise sur les Néo-Hommes.

Et leur entrée avait été tournée en ridicule…

C’était frustrant !

Humiliant !

L’autorité de l’Entreprise était si…

Naturelle.

Implacable.

Et les Néo-Hommes si…

Dociles,

Passifs.

Toute once d’esprit critique les avait quittés.

Détruit.

En miette.

À l’image des immeubles dont ils ramassaient les morceaux avec ferveur.

Les Néo-Hommes n’avaient absolument pas évolué depuis leur exode.

Non.

Au contraire.

Ils avaient régressé.

Ainsi, comment ouvrir un dialogue avec eux ?

Alors qu’ils n’étaient visiblement pas aptes à écouter.

Marine repensa à ce jeune Néo-Hommes aux cheveux en pétard.

Celui qui avait bredouillé une question.

Fait preuve d’un peu d’initiative.

C’était un début.

Marine descendit de son tas de débris et se dirigea vers le jeune travailleur.

Dix-sept ans maximum.

— Dis-moi, l’interrogea-t-elle, sais-tu comment je peux m’entretenir avec l’Entreprise ?

— On ne parle pas avec l’Entreprise, c’est elle qui nous parle, répondit-il sans lâcher sa pelle, ni la regarder. Mais, va-t-en ! J’ai du boulot.

— Et tu as peur d’être sanctionné, je suppose ?

— Ouais, ce soir, c’est hamburger-frites.

Désappointée face à cette réponse, Marine n’insista pas.

C’était inutile.

Une silhouette humanoïde,

Humaine mais métallique,

En costard cravate,

S’approcha de Marine.

— Laissez-le reprendre son poste, déclara l’homme trop parfait.

— Qui êtes-vous ? s’étonna-t-elle.

— Un émissaire de l’entreprise, et vous, vous êtes un événement désordonné.

— Pardon ? Nous souhaitons uniquement établir une négociation pour vivre là où les hommes ne sont plus capables de vivre.

— La Terre n’a pas été conçue pour négocier, trancha-t-il sèchement. Elle est organisée. Disciplinée. Efficace. Et votre présence désorganise.

— Efficace en quoi ? Vous polluez l’air, continuez des travaux qui n’ont plus de sens, et épuisez vos ressources, aussi bien humaines que matérielles.

— L’Entreprise n’est pas de cet avis.

Avant que Marine n’ait eu le temps de répondre,

L’homme en costard,

Dans un silence mécanique,

Tourna les talons.

Un frisson d’effroi la parcourut.

Iels partageaient le même ADN, songea Marine.

A deux-trois détails près, mais…

Si exploités.

Si soumis.

Et tout ça sans même en avoir conscience.

Pathétique !

Les femmes n’étaient plus dans leur ombre pour leur souffler les réponses, mais…

Marine ressentit une immense pitié.

Dégoulinante.

Jamais, ô grand jamais !

Elle ne s’était permise de ressentir un tel sentiment face aux différentes civilisations extra-terrestres qu’elle avait pu rencontrer.

Mais là !

C’étaient leurs frères quelque part…

Elle rejoignit ses sœurs.

Toutes aussi perplexes et ahuries qu’elle.

Déçues aussi.

— Ne devrions-nous pas intervenir ? proposa une adolescente de seize ans, soucieuse.

— Dégommer cette… Entreprise, ne nous coûterait pas beaucoup d’effort, l’appuya une des exploratrices de leur flotte. Comme ils n’ont pas l’air décidé de prendre les armes… C’est l’occasion.

Elles se mirent d’accord pour concerter les quatre Sorcières avant toute prise de décision.

Pour converser avec les quatre Sorcières, elles regagnèrent leur vaisseau.

Dans un alvéole peuplé de bancs suspendus.

Au centre, une boule en verre permettait de projeter un hologramme plus vrai que nature de leurs correspondantes.

Marine conta aux quatre Sorcières leur arrivée.

— Que devons-nous faire au sujet de l’Entreprise ? conclut Marine. Certaines d’entre nous pensent que nous devrions intervenir.

Les quatre se concertèrent du regard pendant un long moment.

La Sorcière Fabienne incarnait le plus l’autorité.

Cheveux blancs immaculés.

Une forme de sagesse dans les plis de son visage.

Elle se présenta au centre des quatre pour prendre à son tour la parole.

— Vous n’en ferez rien. (Fabienne les regarda tour à tour avec intensité.) Vos intentions sont justes, mais… (Elle soupira.) ne répétons pas les erreurs du passé. Nous ne sommes pas les garantes, ni les solutions, aux problèmes d’autrui.

Fabienne marqua une pause en baissant les yeux.

— N’oublions jamais la leçon que nous avons apprise au cours de nos voyages : ne jamais porter de jugement sur les autres modes de vie. Accueillir la différence avec pédagogie et bienveillance.

— Je comprends, mais… (Marine secoua la tête.) Ils m’ont fait de la peine. (Ses sœurs acquiescèrent vivement, du même avis.) Même si nous sommes différentes d’eux, nous sommes aussi semblables quelque part. De la même espèce. De la même Terre. Et je ne sais pas vous, mes sœurs, mais je ressens une forme de culpabilité à les laisser comme tels. C’est notre départ qui-

— Méfie-toi de la culpabilité, intervint la Sorcière Agathe en la coupant. Les Néo-Hommes sont dotés de conscience, d’intelligence, comme nous. Ainsi, ils sont leur propre bourreau et responsables de leurs propres conditions.

— Nous avons longtemps travaillé pour bannir la culpabilité de notre répertoire, ajouta Sorcière Mathilde, la plus timide d’entre les quatre. Elle entraîne la soumission et ouvre la porte à bien des tourments.

— Alors, nous ne faisons rien ? s’enquit Marine.

— Non, nous ne faisons rien, confirma Fabienne fermement. À part bien entendu trouver le moyen d’ouvrir un dialogue et d’établir des négociations avec l’Entreprise pour nous installer sur un territoire terrestre. Ne l’oubliez pas.

Plus Marine insistait, plus elle comprenait que son point de vue était corrompu par la culpabilité, mais aussi moralisateur et colonisateur.

On n’impose pas sa culture.

Point à la ligne.

Selon les quatre Sorcières, il n’y avait pas matière à débattre de cette loi ancestrale.

Et devant la sagesse de ses sœurs Sorcières, Marine s’inclina.

Mais Marine avait une question.

Brûlante.

À poser aux Néo-Hommes.

Une idée de compromis.

D’arrangement.

Pour vivre avec, plutôt que contre,

Alors, elle insista devant les quatre Sorcières

Et avec leur accord et celui de ses sœurs, elle retourna sur le chantier de démolition.

Elle retrouva le jeune Néo-Homme de tout à l’heure.

Bien reconnaissable à sa coupe de cheveux en pétard.

Marine constata qu’elle le dépassait de deux bonnes têtes.

Pour finir, les Néo-Hommes étaient bien petits.

Et maigrichons.

Empestant le fauve.

— J’ai une question, commença-t-elle doucement.

Le garçon, sous la pression de sa gigantesque ombre, enfonça sa pelle dans un tas de gravats.

— J’ai du travail, alors fais vite, répondit-il avec impatience.

— Je serais brève, le rassura Marine. Dis-moi, tu n’aspires pas à autre chose qu’à ramasser les déchets que vous créez ? N’as-tu pas des rêves d’un autre monde ?

— Nân.

Cette réponse hâtive le fit finalement hésiter.

Il s’appuya sur sa pelle en y réfléchissant plus sérieusement.

Il ne fit même pas attention à l’alarme stridente qui déchirait désormais l’air.

Comme si une tempête allait éclater.

Ni aux regards indignés de ses collègues.

Avec lenteur, il finit par se corriger.

— Enfin, j’ai déjà rêvé que j’étais un chêne. Tu vois le genre ? (Marine désapprouva et il eut un rire presque triste.) T’es planté là pendant des siècles et tu contemples le paysage, bercé par le vent.

Envoûté par cette idée, il resta rêveur un instant.

Seulement, l’alarme s’énerva.

Il sortit de ses songes.

Et de ses mains usées, il reprit sa pelle.

— C’est tout ? insista Marine alors qu’il se remettait à la tâche. Un chêne, rien de plus ?

— Bah ouais, comme ça, je serais pénard.

Marine ne comprenait pas.

Aucune aspiration politique, alors qu’il usait son corps sous ses yeux ?

C’était ahurissant d’absurdité.

Un végétal, quoi…

— C’est ce que désirent les Néo-Hommes ? l’interrogea-t-elle perplexe.

— Bah, moi, j’dirais pas non en tout cas !

Un petit rire lui échappa.

Éclairant son visage l’espace d’un instant.

D’une étincelle de vie.

***

Étienne continua son quotidien. Routinier. Éreintant. Pelletant, jour après jour, les gravats des immeubles détruits pour dégager le paysage. Un mois s’était écoulé depuis l’invasion des Géantes, comme il aimait les appeler. Leur vaisseau était garé au-dessus de leurs têtes, mais elles y étaient restées enfermées.

Du moins jusqu’à aujourd’hui.

La Géante aux cheveux poivre et sel revint le voir alors qu’il était en plein travail.

— J’ai une proposition à te faire, annonça-t-elle de sa voix puissante.

Étienne soupira en plantant sa pelle dans le sol et s’adossa dessus. D’un geste, il l’invita à développer.

— J’ai le moyen de réaliser ton rêve entre mes mains. (Étienne haussa un sourcil, ne voyant pas de quoi elle parlait.) Tu ne veux plus devenir un chêne ? s’étonna-t-elle. Car après enquête, la majorité de tes collègues pensent la même chose.

Se moquait-elle de lui ? se demanda Étienne.

— Eh, pour de vrai ?

— Oui.

Elle empoigna avec force sa main et déplia ses doigts pour y déposer une pilule verte.

— Mes sœurs scientifiques sont parvenues à créer un processus capable de modifier l’ADN humain pour l’assembler comme celui des chênes.

Il contempla, autant impressionné par une telle prouesse que sceptique quant à sa réalité, la pilule au creux de sa main.

— C’est sans danger et indolore, précisa-t-elle.

Étienne ne savait pas quoi en penser. Ni même s’il pouvait lui faire confiance. Son regard se perdit dans la contemplation de sa pelle. Avec lassitude, paresse, il en effleura le manche. Le regard de la Géante se fit plus lointain, égaré sur les travailleurs.

— En premier lieu, nous avions décidé de ne pas inter-

La sirène de l’Entreprise la coupa, mais Étienne y resta sourd.

— De ne pas intervenir, pour ne pas appliquer la même logique colonialiste que vous jadis, mais… (son regard se durcit, devint accusateur.) Vous épuisez notre Terre avec vos travaux sans fin. L’air est crasseux. Sec. Irrespirable. Et tout ça à cause de vos fumées. (Elle soupira.) Tout est à revoir et vous êtes de trop. C’est notre conclusion.

Elle marqua une pause. Étienne plissa les yeux, serrant la pilule fermement dans sa main moite d’angoisse. Il n’aimait pas son ton, ni ses accusations. Il se sentit coupable de quelque chose. Mais quoi ? Et l’Entreprise qui crie si fort en arrière-plan ! C’est sûr désormais : ils seront punis à cause de cette distraction.

— Les conditions de vie sur notre planète sont pénibles, reprit la Géante avec gravité. Ainsi, nous tenons à la Terre et à en sauvegarder son écosystème. Nous nous sommes donc mis d’accord pour un compromis. Laissez-nous la place, et en échange, nous réaliserons votre rêve. (Un petit sourire en coin étira ses lèvres.). En plus, en participant au recyclage de l’air, en tant que végétal, vous, les Néo-Hommes réparerez vos fautes tout en nous permettant de respirer.

Sous les cris de l’Entreprise, Étienne hasarda son regard tour à tour sur la pelle puis sur la pilule. Une image envahit son esprit : il visualisa sa main prendre racine sur le manche, s’enrouler autour jusqu’à la recouvrir complètement. Puis son corps se mouvoir, se tordre, devenir un tronc majestueux aux longues branches feuillues bouleversées par le vent. L’une d’elles garderait un appui sur la pelle. Dans sa transformation, elle l’accompagnerait. Il sentait déjà la sève, son goût sucré aussi, battre dans ses veines, pulser en résonance avec la pilule.

Ils étaient de trop sur Terre ? Il n’en avait aucune idée, cela faisait longtemps qu’il ne se posait plus de question existentielle. Que le vent, à l’instar de l’Entreprise, dictait son rythme. Alors, pourquoi pas ? Ils faisaient peut-être plus de tort que de bien à cette terre…

Une larme roula sur sa joue.

Il n’avait pas l’habitude de se poser des questions, alors il avait mal à la tête désormais. Ils avaient été dépassés par les Géantes, c’est tout ce dont il était sûr. Après tout, elles avaient gagné les étoiles et eux étaient restés sur Terre à pelleter des déchets…

Il remarqua que ses collègues l’entouraient, en attente de sa décision. Comme si celle-ci serait décisive pour la leur. Plus personne ne travaillait. Même l’Entreprise semblait suspendue à son choix, le ton de sa sirène était plus voilé, comme un murmure inquiet.

Et le Mec-en-Costard du premier jour se joignit à eux, fendit le cercle des travailleurs. Un regard dur, accusateur, se braqua sur Étienne.

— Ton hésitation est dangereuse, proclama-t-il dans un sifflement strident.

Encore une fois, ses yeux passèrent de la pelle à la pilule, puis terminèrent sur le Mec-en-Costard. Ses lèvres tremblèrent quand il comprit qu’il serait puni, et pas qu’un peu. La panique s’empara de lui et il sentit la main chaleureuse de Marine se poser sur son épaule. Il plongea son regard dans le sien une seconde. Une seule. Ne parvenant pas à soutenir une telle présence remplie de force et de sagesse.

Et puis, d’autres Mec-en-Costards fendirent la foule pour l’entourer. Étienne s’attendait à ce que la Géante fasse quelque chose, mais elle recula d’un pas, stoppant leur contact chaleureux et rassurant. Le laissant seul à décider.

Il avait le choix, mais il n’en était pas convaincu quand il croisa le regard des Mec-en-Costards. Leurs yeux sombres dans lesquels baignait une lueur d’autorité.

Ses collègues firent front pour ralentir les Mec-en-Costards, le protéger de leur poigne féroce, le temps qu’Étienne prenne sa décision. Un chêne, pour ne plus avoir à subir cette pression constante, pour ne plus avoir mal au dos, ou…

Sans réfléchir davantage, Étienne goba la pilule sous le regard médusé de ses collègues. L’Entreprise hurla, déchirant l’air de sa voix féroce. La Terre trembla sous les assauts des basses graves qui furent sursauter les gravats.

Étienne plongea son regard dans celui de la Géante, avec un petit sourire triste.

— J’sais pas très bien ce qu’on a fait de mal, murmura-t-il. Mais j’sais ce qu’on n’a pas su faire : vous garder.

***

Note de la Professeure Marine Salio – 01/06/2198

(extrait de ses carnets post-retour sur Terre)

J’aime me balader au milieu des chênes.

Majestueux.

Un jeu d’ombre et de lumière.

Causé par les branches mouvantes.

Doucement bercées par le vent.

Murmurant un rêve devenu réalité.

Dans l’écorce de l’un d’entre eux.

Un visage familier se dessine.

Une pelle en appui sur une branche.

Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire à cette vue.

L’heure n’est plus à la combinaison respiratoire.

Mais aux tuniques aériennes.

Volantes.

Légères.

La Terre nous a accueilli.

Avec bienveillance.

Dans son air adapté.

Nous, les Néo-Femmes.

Enfin, nous pouvons respirer !

L’Entreprise a disparu.

Les hommes en costards aussi.

En même temps que la forêt des Néo-Hommes grossissait.

Enflait.

S’imposait dans le paysage, désormais ombré par leur feuillage.

De nouveau, nous sommes des chasseuses-cuilleuses.

Écologique jusqu’au bout des ongles.

Low-tech grâce à nos innovations technologiques.

Et aux matériaux trouvés aux quatre coins de l’univers.

Respectueuses de notre terre.

Le bonheur est avec nous.

Au présent.

L’avenir nous dira ce qu’il en est de l’après.

De nos prochaines aventures.

Après tout, mes sœurs, nous avons appris que l’immobilité enracine.

Que sans le mouvement, vient la construction.

Et non la dé-construction.

Alors (ne) changeons (rien)

Mais continuons à apprendre.

A désapprendre.

Car de notre exil, c’est la plus généreuse leçon que nous avons apprise.

Et désormais, nous vivons dans la lumière.

À un carrefour décisif de notre Histoire.

Nous, les Néo-Femmes, ne seront plus les grandes absentes.

Les oubliées…

Mais une promesse.

Celle d’une humanité différente.

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