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Je brûle

Je brûle

Samedi, Juin 27, 2026 poème contemporain dissociation

Au milieu des lumières, je me perds.

Où suis-je ?

J’entrevois des silhouettes, ombres fugaces et éphémères, se déplaçant au milieu des LED avec aisance.

Tétanisée, étourdie, je cherche un repère. Juste un. Un seul. Au moins un.

Rien, rien à quoi me raccrocher.

Je tangue, croule sous le flux des photons artificiels.

J’ai chaud.

Et je deviens elle.

Elle, statue de chiffon au milieu d’un feu ardent.

D’une bouilloire humaine.

Elle devient moi, prend ma place.

Un pas rigide après l’autre, la statue de chair avance.

À chaque pas, elle s’embrase un peu plus.

Flash ! Flash ! Flash !

Sensation d’être prise en photo par une horde de paparazzis.

Où est-elle ?

Un repère, par pitié !

La lumière froide obscurcie sa vision. Elle a mal. Ses yeux la piquent.

Pitié…

Crie silencieux, bouche ouverte sur le vide.

Indifférence du public.

Saturée, saturée, saturée !

Libéré brutalement, un cri démentiel s’échappe de la poupée de chiffon.

Sa (sur)vie en dépend.

Une pluie de poings s’abat sur son visage.

Public immobile, pétrifié.

Le silence s’impose entre les rayons de soleil.

Il n’y a plus qu’une poupée de chair en train de hurler.

Le reste n’existe plus.

Mais où se trouve-t-elle ?

Évanescente poupée.

Au milieu d’un brasier en train de la consumer.

Mais une main se glisse entre les flammes, attrape ses poignets, et… un visage.

Lucie.

Elle s’appelle Lucie.

Lucie et puis… moi.

Comment sais-je une telle chose ?

Ah oui, son badge !

Un repère !

Je suis dans un magasin et une vendeuse me retient les bras avec fermeté.

Je sais où je suis.

Enfin !

Mon regard écarquillé croise des yeux doux aux longs cils.

— Madame, vous allez bien ?

Aucune réponse.

— Je me demandais ce que vous faisiez immobile, mais…

Elle se tait.

— Vous allez bien ?

Je pleure tellement j’ai mal aux yeux.

— Vous avez pris quelque chose ?

Je secoue la tête.

— Je vais appeler les secours, ne bougez pas.

Lucie disparaît, ne laissant derrière elle qu’un champ lumineux.

La poupée de chair revient.

Son corps s’évapore, fond sous le soleil froid.

Elle tombe, se roule en boule.

Bisous genoux.

Yeux clos, mais la lumière passe sous les paupières.

Du moins, jusqu’à ce qu’une myriade d’ombres se pose en bouclier.

Barrière corporelle, force armée contre la lumière, vêtue de noir et de rouge.

Flot de propos inintelligible.

La poupée est soulevée dans l’air, déposée délicatement sur un support rigide.

Une main se pose sur son épaule.

Douce, rassurante.

Respiration…

Et me voilà de nouveau dans le magasin.

Je distingue les rayons de vêtements, tous suspendus avec soin.

Petite boutique fleurie de quartier.

Je voulais simplement acheter un nouveau jean, voilà ce dont je me souviens.

Dans un lieu typique de la ville.

Il n’est pas anodin.

Pensé pour d’autres, pas pour moi.

Car dans la lumière, je deviens poupée de chair, coupée de tout repère.

Et dans le charme scintillant de vos villes aux mille chandelles de métal, je ne renais pas de mes cendres.

Je brûle.

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